On la surnommait l’“Astre d’Orient” ou la “Quatrième Pyramide”. L’Égyptienne à la voix et l’aura inégalables a quitté ce monde un 3 février, il y a cinquante ans. La presse arabe rend hommage à celle qui est toujours considérée, à ce jour, comme la plus grande chanteuse du monde arabe.
Ses funérailles ont été un véritable événement national en Égypte. Décédée le 3 février 1975, à 76 ans, Oum Kalthoum occupe toujours une place incomparable dans le cœur des Égyptiens et des Arabes. “Un demi-siècle s’est écoulé depuis que des millions de personnes lui ont dit adieu, mais au cours de ces cinq décennies, aucun chanteur, homme ou femme, n’a imaginé pouvoir s’approcher de sa place ou de son statut”, écrit Al-Araby Al-Jadid.
Le site, comme nombre de médias arabes, rend ainsi hommage à celle que l’on surnomme l’“Astre d’Orient” (1898-1975) et dont la longue carrière a marqué et marque toujours des générations de mélomanes à travers les pays arabes, et au-delà. Une carrière qui a commencé très tôt, lorsque Fatima Ibrahim As-Sayyid Al-Beltagi, de son vrai nom, accompagne son père, imam, chanter des chants religieux lors de cérémonies et de mariages. Puis tout s’enchaîne, la puissance de sa voix l’emmenant rapidement au sommet de la scène arabe. Les années écoulées depuis sa disparition ont prouvé “que le monde du chant ne connaîtr [ait] jamais plus de chanteuses d’un tel pouvoir et d’une telle domination”.
Une voix exceptionnelle
“Elle a consacré sa vie, sa santé, son talent et ses efforts à rechercher l’authenticité, pour devenir une icône de la musique orientale, aimée à travers le monde entier. Elle était connue à une époque où il était difficile pour les femmes de surpasser les hommes dans ce domaine”, rappelle de son côté l’hebdomadaire égyptien Al-Ahram qui lui consacre plusieurs articles à l’occasion des commémorations.
Les nouvelles générations peuvent ainsi s’interroger : “Comment Oum Kalthoum a-t-elle pu parvenir à un statut aussi élevé dans les pays arabes ? Pourquoi a-t-elle eu un impact si profond et si vaste, au-delà des divergences intellectuelles et politiques ? Comment a-t-elle pu rester si présente dans le paysage, un demi-siècle après son départ ?” énumère Al-Araby Al-Jadid.
Premier élément de réponse : “Sa voix était son secret, et le secret de son influence sur le cœur des Arabes.” Une grande maîtrise, notamment dans les vibrations, que ses contemporains n’avaient pas manqué de souligner, comme le grand Mohammed Abdel Wahab, qui a composé plusieurs titres pour elle.
Le magazine panarabe Al-Majalla, qui consacre un dossier à l’artiste, rappelle qu’elle a fait vibrer des millions d’auditeurs, que ce soit à la radio ou lors de ses concerts, au son de chansons qui duraient souvent plus d’une heure. “C’est comme si la voix d’Oum Kalthoum et son style de chant étaient étroitement liés à l’héritage soufi.”
Celle qui a su dès les années 1930 naviguer la scène cairote, très influente dans la région grâce notamment au développement du cinéma et des comédies musicales, a su se forger une image publique qui rassemblait le plus grand nombre, dans un domaine dominé par les hommes, tout en modernisant des techniques de chant. Elle a ainsi joui d’une “très longue carrière artistique, qui s’est étendue sur près de 60 ans, et cette période lui a permis de présenter différents styles musicaux, sa voix ayant été témoin de très grandes avancées politiques et transformations de l’histoire moderne”, explique Al-Ahram.
L’extase des concerts
Durant ses récitals, qui duraient des heures, elle faisait voyager les auditeurs à travers ses paroles poétiques, polysémiques, qui créaient une émotion vive, voire un état de transe, le tarab. Elle a laissé “derrière elle dans le monde arabe un écho qui continue de retentir et de résonner, comme sa voix et les paroles de ses chansons, malgré les tempêtes et les transformations qui ont bouleversé la planète, et qui ont également changé les formes sous lesquelles cette voix était présente, reçue et écoutée, génération après génération”, poursuit Al-Majalla.
Oum Kalthoum a ainsi accompagné des générations d’Arabes, comme un repère durant un demi-siècle très troublé, en Égypte comme au Moyen-Orient. Ainsi “les extases de la douleur dans la voix de l’Astre d’Orient et les paroles de ses chansons – en particulier celles écrites pour elle par Ahmed Rami – sont le reflet des états spirituels, émotionnels et affectifs qui ont profondément traversé l’homme arabe au XXe siècle”. Dans un autre article, le magazine souligne l’influence qu’elle continue d’avoir sur la scène musicale contemporaine. Certains groupes samplent sa voix, tels que Hello Psychaleppo ou Cairokee.
Source : CourrierInternational
