Annoncée comme une répétition générale pour l’organisation d’un sommet entre le président Tebboune et le chef du gouvernement Pedro Sanchez, la visite qu’entame aujourd’hui le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, revêt, toutefois, un fort caractère économique.
En effet, cette visite intervient dans un contexte géopolitique international tendu, du fait de la guerre au Moyen-Orient et dans le Golfe qui a eu des répercussions directes sur le marché du gaz. En l’Algérie, l’Espagne comme d’autres pays européens dépendant énergétiquement voit un partenaire fiable sur qui compter en cette période délicate.
Alors que Giorgia Meloni est arrivée, hier, à Alger, pour sécuriser l’approvisionnement de l’Italie en gaz naturel algérien, l’Espagne envoie son ministre des Affaires étrangères pour sceller définitivement le dégel des relations avec l’Algérie et préparer une prochaine visite de Pedro Sanchez à Alger.
Dans la presse espagnole, on spécule déjà sur les résultats que veut obtenir l’Espagne à travers la visite de son ministre des Affaires étrangères en Algérie qui durera deux jours avec des haltes à Alger et Oran.
Selon le média The Objective, l’Algérie aurait accepté d’augmenter les quantités de gaz naturel pour l’Espagne à travers le gazoduc Medgaz qui relie les deux pays. L’approvisionnement passerait ainsi de 28 millions de mètres cubes par jour en janvier et février à 32 millions, presque le maximum permis par cette infrastructure, ce qui représente une augmentation quotidienne de 12,5%.
L’Algérie a été, en 2025, le fournisseur de plus de 38% du gaz naturel à l’Espagne, se plaçant à la première place devant les Etats-Unis, a rappelé le président du cercle de commerce hisqpano-algérien, Djamel Eddine Bouabdallah, dans une déclaration accordée à l’Algérie Aujourd’hui.
La visite de José Manuel Albares devrait également permettre aux deux pays de se pencher sur le renforcement considérable de leurs relations économiques bien au-delà du secteur énergétique qui demeure actuellement la priorité, au vu du contexte tendu en raison du conflit au Moyen-Orient.
Au-delà du gaz
«L’Algérie, en plus d’être un partenaire énergétique fiable, a développé d’autres projets industriels notamment miniers, comme Gara Djebilet dans le sud ouest et le phosphate à l’est du pays. Cela la positionne comme un marché à fort potentiel pour l’Espagne. Il ne faut pas oublier que l’Algérie a considérablement amélioré son climat des affaires avec le rôle important que joue l’Agence de promotion de l’investissement, l’AAPI», a expliqué le président du CCIHA.
Pour Djamel Eddine Bouabdallah, l’Espagne, avec ses capacités d’investissement «rapides et performantes» à l’étranger, a une carte à jouer et l’Algérie «devrait saisir cette occasion parce que les Espagnols ont grandement besoin de l’Algérie et ce sera compliqué de s’en passer en matière d’énergie».
L’Espagne peut bien faire valoir des atouts dans différents secteurs économiques. «Maintenant que l’Algérie a avancé dans le domaine du phosphate, les Espagnols sont très performants dans la production de fertilisants agricoles, un créneau intéressant pour eux», a ajouté le président du CCIHA.
Ce dernier met en avant le fait que l’Algérie est désormais pour l’Espagne plus qu’un client de produit fini, comme cela avait été le cas par le passé. L’Algérie, rappelle-t-il, est maintenant à la recherche de transfert technologique et de partenariat gagnant-gagnant. Il cite des secteurs comme la pièce de rechange, la céramique comme des créneaux de coopération potentiels.
Les opérateurs espagnols peuvent également aider l’Algérie à développer la production locale en viandes avec leur savoir-faire dans la logistique dans ce domaine, ajoute le président du CCIHA.
L’Algérie et l’Espagne ont fermé la parenthèse des tensions diplomatiques nées du revirement espagnol sur la question du Sahara occidental en 2022, en se positionnant en faveur du plan d’autonomie marocain. Depuis, les positions espagnoles très positives contre le génocide israélien ciblant les populations civiles palestiniennes depuis 2023 ont contribué à rapprocher les points de vue avec Alger. L’Espagne a carrément été, en Europe, le pays le plus clair dans ses positions contre les exactions israéliennes en Palestine et au Moyen-Orient à contre-courant des postures frêles des autres pays européens.
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